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Anne-Marie Quesnel
Auteure, conférencière

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Sep 08, 2016

Chers élèves à qui je n’enseignerai pas

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Chers élèves à qui je n’enseignerai pas

Cette année, nous ne nous côtoierons pas puisque je ne serai pas à l’école. J’aimerais toutefois vous souhaiter une excellente année… et partager une dernière leçon de vie.
Au plus profond de moi-même, je suis une pédagogue-psychologue. Je suis au mieux quand j’enseigne en relation d’aide. Je suis, en quelque sorte, la décoratrice de votre intérieur, une spécialiste de la lampe de poche qui éclaire vos zones d’ombre, qui met en valeur toute la beauté, les compétences et les qualités qui vous habitent.

Mais ce n’est pas ainsi que j’ai commencé mon parcours. J’ai étudié, d’abord en psychologie, puis en pédagogie pour devenir une enseignante au secondaire. Une vraie. Et j’ai adoré mon travail! J’étais une grande passionnée. J’y ai d’ailleurs consacré 23 ans de ma vie, de 1992 à 2015.

Or, quelque part dans les dernières années, mon décrochage a commencé, lentement mais surement.

Le début du glissement professionnel coïncide avec l’arrivée de la réforme au secondaire. Au bout du compte, un constat : je n’y crois plus, à ce système. Ça se peut que je me trompe, que j’aie mal vieilli, que je me sois mal adaptée au virage imposé par les divers ministres de l’Éducation. Aujourd’hui, j’en suis fière, parce que malgré tout, j’ai fait preuve d’intégrité, d’authenticité et de respect. Je vous raconte.

DIFFICILE RÉORIENTATION

Quand j’étais petite, j’étais ce qu’on considère une élève modèle. Docile, enthousiaste, curieuse, brillante, obéissante… Je réussissais très bien et j’avais soif d’apprendre. Or, je me rappelle avoir eu quelques enseignants qui se trouvaient dans la dernière étape de leur carrière. Visiblement, ils détestaient les élèves autant que leur job. Bien naïvement, j’avais le goût de leur demander pourquoi ils ne changeaient pas d’emploi s’ils ne nous aimaient plus…

L’expérience m’a prouvé que ce n’est pas si facile que cela, changer de carrière! On a beau exceller (ou avoir déjà excellé) dans notre domaine, quand notre CV indique qu’on est ENSEIGNANT depuis une vingtaine d’années, c’est tout un défi de décrocher même une entrevue dans un autre domaine.

Les ingrédients nécessaires? Du courage, de la détermination, de l’espoir, de l’action. Et peut-être un retour sur les bancs d’école, quelques cours, un certificat. Du réseautage. Des contacts. Des appels. Des courriels.

LES CAUCHEMARS DE LA RENTRÉE

Très bientôt, une deuxième rentrée scolaire aura lieu sans que j’achète cartables, cahiers, feuilles mobiles, stylos rouges et tutti quanti. Celle-ci ne se fera pas sans heurts : je sais que les vilains cauchemars propres aux enseignants assailliront quelques-unes de mes nuits, mais, plutôt que d’angoisser, j’en rirai à mon réveil. Et je saurai que j’ai fait le bon choix. Au plus profond de moi, je les aime, mes élèves. Je les aime tellement que j’ai cédé ma place, pourtant pratiquement garantie jusqu’à la retraite. J’ai renoncé à mon salaire, à mes vacances.
Et à tous ces jeunes qui auraient pu passer l’année scolaire avec moi, je vous souhaite du succès, du plaisir et surtout, des apprentissages fascinants.

J’espère que vous aurez des enseignants aussi passionnés, curieux et bienveillants que celle que j’ai déjà été.

Je vous souhaite des pédagogues compétents, qui vous aiment vraiment, qui ont à cœur de vous former avec rigueur, avec plaisir. Que ceux-ci soient exigeants et justes. Qu’ils voient en vous tout votre potentiel, qu’ils perçoivent l’adulte que vous serez et qu’ils vous aident à développer ce qu’il y a de meilleur en vous. Qu’ils possèdent des notions du développement psychologique de l’enfant et de l’adolescent et qu’ils en tiennent compte quand vous vivrez des dérapages… Qu’ils prennent le temps de comprendre la cause derrière le symptôme avant d’administrer systématiquement un antidote universel…

Quant à moi, je me félicite, bien honnêtement, d’avoir choisi d’être heureuse dans ma nouvelle profession. Je me suis respectée… et j’ai respecté tous les enfants à qui je n’enseignerai pas cette année!

À mon sens, quand on est malheureux au travail, il faut savoir tirer sa révérence avec dignité, classe et élégance. Un jour, peut-être, ma flamme se ravivera et j’aurai à nouveau le goût d’allumer les esprits curieux dans le milieu scolaire.

En attendant, je continuerai d’être une artisane du bonheur…

Texte paru dans la Presse Plus le 21 août 2016

http://plus.lapresse.ca/screens/afd63af9-5cee-43ce-8c90-286296fbde10%7C_0.html



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