Caroline Bibeau

L’auteure adresse sa lettre ouverte à Anne-Marie Quesnel, une enseignante dont l’opinion «Dévalorisée, usée, écrasée» a été publiée samedi dernier.

En lisant votre texte, je m’y suis malheureusement reconnue. Un mea culpa s’impose pour mettre un tant soit peu un baume sur votre épuisement.

J’ai passé mes cinq ans d’études secondaires au collège St-Jean Vianney, il y a une dizaine d’années. J’ai été relativement tranquille pendant les quatre premières années. C’est surtout la dernière qui a été problématique. Du moins, d’un point de vue attitude.

J’étais, avec certains professeurs seulement, le modèle type de l’étudiante arrogante qui se permet tout commentaire. Je prenais un malin plaisir à être impertinente, à contredire, simplement pour émettre mon opinion. Cela a été pour moi une façon d’extérioriser cette colère que j’avais à l’intérieur de moi. Je transférais l’intimidation dont je faisais l’objet de certaines étudiantes vers le corps professoral.

J’étais, avec certains professeurs seulement, le modèle type de l’étudiante arrogante…

Je ne tente pas de justifier mes actions parce que je ne les approuve toujours pas 10 ans plus tard, mais simplement de les mettre en perspective. Je sais pertinemment que ce n’est pas en intimidant qu’un intimidé se sort de ce cercle vicieux, mais à cet âge, je ne prenais même pas conscience des conséquences de mes actes.

Le courage que je n’avais pas pour me tenir debout devant les filles de mon âge, je tentais de le montrer en insolence en classe. La pauvre Jacqueline en a écopé avec sa passion pour le français et son absence d’autorité. Elle était la cible facile pour tout étudiant le moindrement dérangeant. Malgré tout ce que nous avons fait subir à cette femme courageuse, elle restait année après année. Elle nous a marqués par sa passion pour la langue française. Il n’y a pas une lettre, une présentation où je n’ai pas une pensée pour elle et ses multiples dictées qui m’ont aidée à parfaire mon français.

Je n’étais pas la pire, loin de là, mais j’ai tout de même des souvenirs de cette époque dont je ne suis pas très fière!

Je pense à ce cher Rémy, qui avait clairement vu que nous avions besoin d’être guidé, que l’étroitesse d’esprit dans laquelle se vautrent des étudiants peut devenir un réel problème dans le monde adulte. Le fait est, qu’un bon professeur, ça marque les esprits. Nous vous le démontrons rarement de la bonne façon à ce moment-là de nos vies, mais vous nous faites avancer.

Plusieurs bons professeurs ont marqué ma vie au collège: Nathalie qui m’a permis de renouer avec l’anglais, Robert l’économiste, Francis et son sens de l’humour unique, la douce Marie, Josée qui était d’une écoute incroyable, les profs de gym Mariette et Michel qui ont entendu mes pires excuses pour manquer leurs cours, Brigitte qui réussissait à rendre même la physique intéressante.

Je suis reconnaissante à vous tous pour avoir forgé un peu, chacun à votre manière, la personne que je suis devenue. Mme Quesnel, gardez courage.

Texte paru dans la Presse le 15 février 2012

http://www.lapresse.ca/opinions/201202/14/01-4495910-mea-culpa.php