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C’était écrit dans le ciel d'été


Je crois que les symboles nous aident à vivre si on leur en donne l’occasion. Ils nous inspirent, donnent un sens à l'expérience du moment pour peu qu’on prenne le temps de s’y attarder, de les observer, de les décoder.


Cet été, les nuages m’ont interpellée. Beaucoup. Plus qu’à l’habitude. En toute transparence, j'avoue que j’ai souvent joué à trouver des images dans le ciel. Depuis que je suis enfant et encore aujourd’hui. En général, j’identifie des éléphants, des chiens, des personnages de Disney. L’expérience a toujours été ludique, légère. C’était amusant.

Cette année, c’est tout différent. À l’inverse du fameux film « Don’t Look Up », je dirais que ma philosophie durant la belle saison a été « Look UP! ». En effet, j’ai souvent eu les yeux tournés vers le ciel. J’étais fascinée, irrésistiblement attirée vers le canevas céleste. J’avais l’impression qu’on essayait de me communiquer des messages. Mais qui est donc ce « on » abstrait? Mon cerveau rationnel m’empêche d’aller là. Ce n’est pas un vieil homme sage et joufflu. Ce n’est pas une personne. Il ou elle… ou iel n’a pas de nom. C’est… quelque chose que je pressens, mais que je ne peux pas décrire. C’est flou, c’est puissant et je suis fatiguée de me battre avec mon cerveau rationnel qui analyse et qui juge tout. L’autre partie de moi comprend, ressent, pressent. C’est déconcertant. Ça me donne le vertige, comme si j’étais au bord d’un précipice.

Donnant congé à la partie de ma tête qui veut tout classer dans des boîtes carrées, j’ai lâché prise et je me suis mise à prendre des photos. Pas assez à mon goût, mais quand même. Et avec les événements des derniers jours, je partage en toute humilité mon interprétation de ce que j’ai lu dans le ciel cet été.


Vendredi 22 juillet

Je reviens d’Hawkesbury après avoir passé du temps avec ma mère, dont l’état de santé nous inquiète. En filigrane, il y a toujours la maladie de ma nièce qui progresse depuis six ans. Et derrière nous, il y a le décès de ma grand-mère maternelle 19 mois plus tôt. C’est comme ça, dans ma famille. On a souvent eu l’impression de vivre sur une piste d’athlétisme. Depuis ma naissance, on fait des courses à obstacles, des courses à relais, des sprints, des marathons. Décès, maladies, accidents. Malgré tout, on garde le sourire, on dégage joie de vivre et optimisme. La vie est belle… Quand un nouveau défi cogne à notre porte, les bagages sont déjà prêts. On a une vague idée de ce qu’on va vivre. On connaît la nausée et le tournis des montagnes russes. Et on a un atout important : la chance de savoir qu’on va y survivre et que le soleil brillera à nouveau.

Dans le ciel, on vient de cogner à la porte. Ce sont d’abord les ailes d’un ange qui attirent mon attention. Puis, à leur gauche, j’observe nettement la lettre H en majuscule.

À ce moment-là, aucune idée de la signification de la lettre H, mais sa présence pique ma curiosité. Je perçois les ailes de l’ange comme du soutien de l’au-delà. On veille sur nous. Mon cerveau rationnel ne fait pas le poids et je me fous des explications scientifiques sur la formation des nuages à ce moment-là. Je le sens. C'est tout.

Pour vrai, je ne peux pas dire que je suis une adepte du clan angélique, mais je suis curieuse et ouverte. On verra bien… Pour l’instant, je me sens enveloppée et soutenue. Ça me fait du bien.



Vendredi 12 août

Je suis en voiture avec mon amoureux. On jase, on écoute de la musique. Je rêvasse en appréciant le bon temps que nous prenons ensemble. La vie est bonne pour nous… et en même temps, cette vie, nous l’avons créée de toutes pièces chaque fois que nous avons fait un choix, pris une décision. C’est vraiment pas si tant pire. Je respire le bonheur qui nous habite. Je suis remplie de gratitude.

Et voilà que je reprends mon activité : j’observe les nuages! Le ciel est généralement dégagé, sauf pour une formation de nuages inusitée. À première vue, on pense que c’est une montagne ou une pyramide. C’est bel et bien ma première impression, jusqu’à ce que je me rappelle qu’il n’y a PAS de montage à cet endroit-là. Le paysage est censé être ultra plat.

Il s’agit bel et bien de nuages qui prennent la forme d’un escalier. Je ne sais si c’est mon imagination, mais j’ai l’impression de voir une silhouette au pied de l’escalier, qui s’apprête à le monter. Derrière elle, un nuage semble offrir une protection pour la soutenir ou la mener dans la bonne direction, comme pour l’empêcher de tomber par en arrière. C’est ce qu’on fait quand un enfant monte un escalier : on se place derrière lui pour le protéger d’une éventuelle chute.



Mercredi 31 août

Ce soir-là, le ciel est rempli d’émotions. J’y vois de la joie, de la légèreté, mais aussi de la colère, de la tristesse. Quelque chose se prépare, mais je ne sais pas quoi. Sur le coup, je perçois une ouverture lumineuse et rosée en forme d’arche, comme une entrée. Autour, le ciel gronde, mais la porte est invitante.

En regroupant mes photos pour écrire ce texte, j’observe les images de plus près sur l’écran de mon ordinateur pour choisir les meilleures. J’aurais aimé plus de clarté, mais les photos ont été prises en roulant dans la voiture avec mon cellulaire. Ma fenêtre était montée (côté passager), ce qui explique la présence du flash sur plusieurs photos (boule lumineuse).

En examinant les photos, j’y vois le profil du visage d’un enfant, qui semble rempli d’espoir. Un peu de tristesse aussi, mais le regard tourné vers une source diffuse de lumière un peu plus haut à gauche, que je peine à voir à partir de mon angle à cause de la base sombre de nuage, cette marmite d’émotions en ébullition.




Samedi 10 septembre

Journée ensoleillée, escapade aux chutes Dorwin à Rawdon. Je prends encore des photos et, fidèle à mon habitude estivale, je lève les yeux vers le ciel. Surprise : le fameux H majuscule m’apparaît à nouveau.

Cette fois, ce sont deux arbres qui se sont unis et qui ont formé une passerelle singulière. Je n’avais jamais vu deux arbres créer une telle union.

Si le premier H qui m’est apparu dans le ciel d’été était léger et vaporeux, celui du 10 septembre est solide et concret. L’aboutissement d’un long processus. La passerelle réalisée, le chemin ouvert, la connexion assurée.




En parallèle et sans photos...

Jeudi 8 septembre

L’appel est irrésistible : je dois aller voir ma famille à Hawkesbury. Je passe du temps avec eux. Je profite de moments doux et merveilleux avec ma nièce Charlotte, qui a 18 ans et qui est atteinte du syndrome de Sanfilippo, une maladie neurologique rare et incurable.

Charlotte est arrivée dans nos vies en 2004, comme un rayon de soleil. Des yeux plus bleus que le ciel, des lèvres couleur framboise, une peau de porcelaine. Ce n’est qu’en 2016, quand Charlotte aura 12 ans, que nous découvrirons son cruel diagnostic.

Ses premières années se déroulent ultra bien, personne n’a perçu l’épée de Damoclès au-dessus de sa tête.

Ce jeudi 8 septembre, je sens que je dois aller voir Charlotte. Je reste avec elle jusqu’à l’heure du dodo qui, ces temps-ci, sonne vers 16h30. Son corps est épuisé et elle dort beaucoup. Pendant son bain, je flatte tendrement ses cheveux, ce qui semble l'apaiser. La connexion entre nous se passe de mots. Coeur à coeur, douceur, tendresse. Elle dégage l'énergie d'un bébé naissant.


Mercredi 14 septembre

Avec mon conjoint et nos trois filles, nous allons voir Charlotte à Ottawa. Elle est aux soins palliatifs. Toute la famille a l’âme en charpie.


Vendredi 16 septembre

Charlotte rend son dernier souffle dans les premières heures de la nuit. Nous sommes démolis.

Ce soir-là, mon conjoint et moi revenons de Drummondville. Ce chemin, nous l’avons fait souvent. Pour la première fois pourtant, je remarque une pancarte : Rang Charlotte Nord. Merci, ma puce. Bonne nuit à toi, repose en paix.

Quant à la lune, elle brille de mille feux. Elle est en forme de croissant. Elle forme un C... comme dans Charlotte.


Je l’ai déjà mentionné, je ne crois pas vraiment aux anges. En fait, correction. Je ne croyais pas vraiment aux anges. Mais après avoir eu le privilège de côtoyer Charlotte pendant 18 ans, je sais maintenant qu’elle était un ange incarné. Elle nous a tellement apporté d’amour. Elle nous a permis de grandir, de devenir la meilleure version de nous-mêmes. Elle nous a enseigné l’amour inconditionnel, l’humour, la joie de vivre, le plaisir. Elle nous a enseigné le courage, la persévérance, la force, l’humilité, la patience.

Le 16 septembre, elle a emprunté la passerelle. Elle a rejoint les étoiles. Elle brille maintenant pour nous. Et elle nous parle à travers les nuages, il faut simplement prendre le temps de lire ses messages.

En tout temps, « Look UP ».

Je t’aime, Charlotte.

Merci pour tout. J'ai hâte de te lire.

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