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  • Anne-Marie Quesnel

Noël dans une boule à neige


L’année 2020. Ouf! C’est l’année où on vit carrément À L’INTÉRIEUR d’une boule à neige qui ne cesse d’être brassée par un géant invisible, cruellement hyperactif. Ce qui était en haut est maintenant en bas, jusqu’à ce que ce soit précipité à gauche, puis à droite. Et rebelote.


On se plaint, on résiste, on se rebelle.


Et en même temps… L’humain a tendance à glorifier le passé. C’était tellement mieux avant, n’est-ce pas? Tsé, dans le temps… quand on était jeunes! À l’aube de la cinquantaine, je me surprends parfois à tenir ce discours semblable. Quand je m’en rends compte, je ris, j’essaie de me reprendre. Que voulez-vous?! On semble être encodés ainsi, mais rien ne nous empêche de contribuer à l’amélioration de la condition humaine. Profitons de l’expérience du passé, mais n’en soyons pas prisonniers.


À cause du climat actuel, engendré par la pandémie, je trouve que c’est une bonne idée d’aller faire un tour dans le passé pour ajuster un peu notre radar. Et si on se rappelait nos doléances habituelles, en décembre?


Souvenirs du mois de décembre AVANT 2020


Généralement, à pareille époque dans l’année, c’est la folie furieuse : magasinage, cuisine, gestion de l’horaire du temps des fêtes, préparation presque hystérique.


Beaucoup de gens se sentent fatigués, stressés. On manque temps, on manque de lumière, tout est gris autour de nous. On se croirait en Angleterre!


Les enfants ont besoin d’une pause, les devoirs sont insupportables. On n’en finit plus de faire le taxi pour les conduire à leurs cours, à leurs activités, chez leurs amis. École, hockey, danse, peinture, karaté. L’agenda familier déborde de partout.


Au travail, les collègues commencent sérieusement à nous taper sur les nerfs. Et le patron ne voit RIEN du travail qu’on fait. On n’est pas payé assez cher pour subir tout ça! Les partys des fêtes se multiplient, comme un Gremlin qui aurait pris un bain de soleil jusqu’à ce que la pluie se mette à lui tomber furieusement dessus, créant ainsi un ?*&/$% d’arc-en-ciel qui n’en finit plus de répéter que #çavabienaller (beurk!), réflexion qui tournait en boucle dans la tête dudit Gremlin pendant qu’il collationnait furieusement après minuit. 2020, c'est un peu ça: une armée de Gremlins qu'on aurait exposés à la lumière, arrosés et nourris après minuit!


Il y en a qui ne rêvent que d’une chose : s’endormir quelque temps en décembre et se réveiller le 3 janvier, après le marathon des fêtes.


Et le retour au travail, comme celui à l’école, est quasiment vécu comme un soulagement, une libération. Enfin, on va pouvoir se reposer de ce congé des fêtes qui a la fâcheuse habitude de se transformer en triathlon! Tout le monde dans la même catégorie, peu importe l’âge et la condition physique.


Ai-je besoin de vous rappeler toutes les obligations qu’on s’impose habituellement, par tradition, pour pas déranger, pour pas faire de peine, pour pas brasser la boule à neige?


Ah! Mais voilà qu’en 2020, le mouton noir de la famille qui osait soulever des objections à ce rituel n’est plus responsable des embûches : c’est maintenant la faute à El Nino. Ou à Legault. Aux complotistes, au virus, à Big Pharma, aux tours 5G, à Bill Gates, aux reptiliens… Les schtroumpfs moralisateurs se sont décuplés. Index accusateur, qu’ils agitent avec ferveur dans tous les sens comme autant d’évangélistes illuminés.


Noël 2020, ce n’est peut-être pas pire que les autres années. Ce n’est vraiment pas mieux non plus. C’est complètement différent. Chose certaine, notre perception de l’événement nous appartient.


Apprécier le temps des fêtes 2020 autrement


Qu’est-ce qui ressemble aux années précédentes? On est fatigués, stressés. On manque de lumière. On a besoin de vacances.


Qu’est-ce qui est différent? On ne joue pas au taxi. L’agenda familier est beaucoup plus aéré. On n’a pas besoin de dépenser des milliers de dollars pour donner des cadeaux qui ont zéro utilité, zéro sens.


Qu’est-ce qui a le potentiel d’être mieux? On va vraiment pouvoir se reposer. Le temps des fêtes 2020 ne sera pas un marathon : peut-être qu’on va pouvoir aborder 2021 avec espoir, optimisme et énergie. Notre carte de crédit aussi va pouvoir se reposer. Nos finances s’en porteront mieux. On pourrait investir dans notre milieu de vie au lieu d’acheter des bébelles inutiles qui finissent par contribuer à engraisser les dépotoirs, à polluer la planète.


On pourrait refaire connaissance avec notre conjoint, notre conjointe. Se redécouvrir, redevenir amoureux. Se voir, vraiment. Connecter de l’intérieur. Prendre soin de nous. Se rappeler pourquoi on s’est choisi.


On pourrait apprendre à connaître nos enfants. Les aider à grandir, à évoluer. Les aider à se connaître aussi : leurs forces, leurs qualités, leurs talents, leurs défis. Peut-être qu’ils choisiront mieux leur carrière que nous, ou alors, du premier coup! Ensemble, on peut apprendre à mieux communiquer. À nommer nos besoins, nos limites.


Le plus difficile, c’est certainement la distance, le manque de contact humain. Je suis d’accord, le drame est là. Les câlins nous manquent. Gardons espoir : ça ne durera pas pour toujours. C’est un défi collectif, mais de très beaux jours s’en viennent. Profitons-en pour faire un ménage à l’intérieur de soi, pour mieux nous connaître, pour réfléchir, se fixer des objectifs, faire les changements qui s’imposent.


Habituellement, plusieurs soulignent la fête du petit Christ à Noël.


Cette année, c’est la petite C…ovid qui nous empêche de dormir. Même initiale, différente saveur.


Gardons espoir, gardons contact. Imaginez si on avait vécu la pandémie avant l’invention de l’ordinateur, qui nous permet de se voir sur Zoom. On avant celle du téléphone intelligent, qui nous permet de communiquer 24h/24. Ou avant l’invention du téléphone fixe.


Nous avons le choix de regarder ce qui est interdit EN CE MOMENT (ce n’est pas pour toujours).


Ou de regarder tout ce qu’il est encore possible de faire! De remarquer toutes les possibilités, toutes les libertés, toutes les occasions, les chances.


Et de dire merci. Apprécions ce que nous avons déjà. Remercions ceux qui se battent pour nous.


Les héros, les soldats de cette 3e guerre mondiale n’ont ni fusils ni grenades.


Ils ont des sarraus, des seringues, des masques N95. Ils savent comment installer un respirateur et un soluté.


Ils ont des craies, des tableaux, des tablettes, des manuels scolaires. Ils savent comment inspirer nos enfants à travers un écran.


Et toi, quel est ton super pouvoir? Utilise-le! Nous en avons grandement besoin.


Je vous souhaite de très belles fêtes!

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